7 décembre

Elle a 14 ans, un 7 décembre, comme aujourd'hui. 

Elle se balance d'un pied sur l'autre dans les bottines noires que j'ai récupérées en septembre. Elle a les yeux brillants et les joues pleines, la robe de soirée de sa mère l'enveloppe d'une féminité dont elle n'a pas encore l'assurance. Elle ne sait pas trop quoi faire de sa bouche, qu'elle maintient un peu entrouverte, asséchée par la peur. Elle bouge sans cesse, même imperceptiblement. Au casting, on lui avait demandé si elle faisait de la danse, et elle s'était sentie ridicule de répondre que non. 

La vérité c'est qu'elle oscille, dans un entre deux constant, et qu'elle ne sait pas choisir, et encore moins se choisir. Et puis soudain, le regard "objectif" des caméras. Et puis soudain, cette phrase qui résonne autrement sur le plateau que lorsqu'elle la lit recroquevillée sur le fauteuil jaune, cette phrase qui résonne plus fort sur le plateau qu'en s'accrochant très fort à ce livre poche, couverture illustrée par la Grande Odalisque comme dernier rempart avant le chaos, cette phrase qui lui chuchote que tout ce qu'elle veut n'attend qu'elle pour devenir. Alors les réponses fusent. 

De Simone de Beauvoir, il y a d'autres mots qu'elle découvrira plus tard: "Exister, c'est oser se jeter dans le monde." Le 7 décembre 2017 est la date du plongeon catégorique, la victoire face à l'effacement. Ce que je suis devenue depuis n'aurait peut-être pas eu lieu sans ce moment terrorisé et tremblant, et le voilà fixé par les caméras, et me voilà encore marquée par les conséquences de ce déclic dont ces images sont témoins.

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